La prostitution à Bruxelles : une vision libérale

 

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Depuis toujours, la prostitution a été majoritairement pensée en termes de risque pour la société. Considérée comme un fléau social, la prostitution est souvent le symbole de l’oppression des femmes. Historiquement chargée de stéréotypes réducteurs et stigmatisants, elle est perçue comme une transgression aux rapports sexuels jugés légitimes et une activité économique qui tend à échapper au contrôle de l’Etat.

En Belgique, il existe deux façons de penser la prostitution : le courant abolitionniste qui veut éradiquer la prostitution et le courant réglementariste qui se veut en faveur d’une réglementation de la prostitution libre et volontaire.

Le corps, objet… de débats

Au cœur de ces deux courants, une question fait souvent polémique : la question de la vente du corps. Selon les partisans de l’éradication de la prostitution, qui dit prostitution dit vente du corps au cours de l’échange économico-sexuel. Cette logique consumériste du tout monnayable fait débat dans la mesure où l’on considère que le corps devrait sortir du circuit du profit et ne pas être une marchandise. Dans cette perspective, la prostitution est perçue comme responsable de la construction sociale de l’image de la femme en tant que simple objet sexuel à destination des hommes.

Si l’on peut considérer une clientèle majoritairement constituée d’hommes, de même que l’existence de démarches marquées par une domination masculine, doit-on pour autant faire de toutes les personnes qui se prostituent les victimes d’un vol de leur corps et d’une domination masculine ?

La diversité des prostitutions et des clients induit bien entendu le contraire.

Le défi de la qualité de vie des quartiers

A l’épreuve de la « réalité de terrain », le courant abolitionniste tend à supprimer la prostitution des quartiers.

Nuisances en termes de bruit, petite délinquance, cohabitation difficile avec des familles, des commerçants… En tant qu’élu(e) municipal(e), l’on se doit d’être à l’écoute de riverain(e)s qui ont des attentes naturelles de qualité de vie.

Néanmoins, les mesures qui visent à fermer massivement des vitrines ou « carrées » et à prohiber toute activité sur les trottoirs ne font qu’aggraver la prostitution dite sauvage, à savoir pratiquée à la sauvette avec à la fois une insécurité accrue pour les prostitué(e)s et l’occupation rapide de lieux parfois privés.

Ces mesures ont en outre tendance à reporter l’activité de rue vers d’autres lieux, quartiers ou communes. Or déplacer un problème n’est pas le gérer.

C’est la raison pour laquelle en tant que femmes  libérales, nous défendons une logique qui se veut plus réglementariste, certes, mais tout en assurant les droits des prostitué(e)s. Conscientes des nuisances occasionnées par la prostitution de rue pour les riverains, nous préconisons la recherche d’autres solutions afin de permettre un équilibre entre l’exercice de la prostitution dans des conditions de sécurité et d’hygiène (santé comprise) et une meilleure qualité de vie pour nos habitant(e)s.

La création « d’Eros Centers » est une des pistes à étudier.

Prostitution et traite des êtres humains

Tendanciellement, la prostitution est souvent associée à la lutte contre le proxénétisme et les réseaux de traite d’êtres humains. Dès lors, les mesures coercitives prises à l’égard des prostitué(e)s sont souvent justifiées par le besoin d’éradiquer ce trafic. Notre pays dispose d’un arsenal législatif contre ce fléau mais il impose une vigilance accrue.

Cette généralisation a des conséquences préjudiciables jusqu’alors sous-estimées.

D’une part, parce que les mesures répressives n’ont pas contribué à venir en aide aux personnes victimes de réseaux ou filières. Les réseaux transnationaux qui sévissent dans nos Etats ont continué à s’adapter à nos législations et juridictions nationales pour mieux les contourner. Dès lors, après la traite des filles de l’Est, nous connaissons actuellement le problème des salons de massage par exemple.

D’autre part, parce qu’en n’acceptant pas le fait que toutes les personnes prostituées ne sont pas exploitées et que certaines choisissent le travail sexuel, et donc doivent avoir des droits sociaux, on a contribué à détériorer les conditions des prostitué(e)s. Ainsi, la prostitution sauvage s’est de plus en plus emparée de nos quartiers, rendant l’état de certains d’entre eux déplorable.

Quelques pistes de réflexion…

Afin de lutter contre toute forme de mépris social, il est temps de prendre nos responsabilités et de considérer le plus vieux métier du monde comme un métier à part entière. Et ce, même si la prostitution est l’un des sujets les plus politiquement incorrects où tout discours appelant à la nuance et à l’objectivité entraine inéluctablement une suspicion de prosélytisme, d’encouragement au vice, voire de proxénétisme.

Par conséquent, bien que le débat sur la prostitution soit un débat récurrent auquel aucune solution idéale ne peut être apportée, certaines pistes de réflexion doivent être envisagées.

D’abord, il convient d’accepter la terminologie : travailleurs/ses du sexe. Lorsqu’il y a un accord entre deux adultes consentants pour une relation sexuelle en échange d’une rémunération, il y a travail sexuel et la personne qui se fait payer est un(e) travailleur/se du sexe. Cet enjeu permettra ainsi d’arrêter la stigmatisation du/de la travailleur/se du sexe et de respecter tant son métier que son indépendance.

L’autre avantage serait de mettre fin à la pénalisation et la culpabilisation du client qui peut trop souvent mener à des comportements à risque (prostitution clandestine, cachée, etc.).

Surtout, le/la travailleur/se du sexe devrait gagner en droits. Non seulement parce qu’il/elle est avant tout un(e) citoyen(ne) à part entière mais aussi parce qu’en revalorisant les droits et la protection des travailleurs/ses du sexe, nous arriverons davantage à remédier à la prostitution sauvage. Tel que le réclame le Comité international pour les droits des travailleurs/ses du sexe en Europe : « Ne nous criminalisez pas, protégez-nous ». Le temps est venu de s’attaquer au véritable noyau du problème, qui n’est pas la prostitution.

Réglementer, humaniser et renforcer la lutte contre l’exploitation sexuelle

A cet égard, certains sénateurs du Mouvement Réformateur ont émis une proposition de loi visant à réglementer la prostitution, à humaniser ses conditions d’exercice et à renforcer la lutte contre l’exploitation sexuelle. Ce texte vise à permettre aux prostitué(e)s de pouvoir bénéficier d’un statut social d’indépendant(e) enregistré auprès du Conseil national de la lutte contre l’exploitation sexuelle. Les communes auront un rôle clé dans cette nouvelle législation puisqu’elles seront amenées à délivrer des habilitations aux salons de prostitution tout en prenant en considération les conditions d’hygiène et de sécurité prévues par la loi. En outre, il est également prévu que la taxation des salons soit proportionnelle, de sorte que l’on ne puisse pas suspecter les communes de proxénétisme.

En conclusion, nous pensons qu’il est grand temps d’apporter une solution à la prostitution sauvage afin qu’un équilibre entre protection des droits des travailleurs/ses du sexe et qualité de vie des habitant(e)s et commerçant(e)s soit trouvé. Il est également temps d’adopter une approche globale en faveur de la lutte active contre le trafic des êtres humains et le proxénétisme, approche que nous ne pourrons pas adopter en continuant à associer ces réseaux et filières aux travailleurs/ses indépendant(e)s du sexe.

Clémentin Barzin – Présidente des Femmes MR pour la Région Bruxelloise 

Céline Vivier – Conseillère communale à la Ville de Bruxelles et Attachée parlementaire au Groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie – Bruxelles

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