Ma vision de la Participation citoyenne exprimée dans le journal l’Avenir

 Ve 01/06/2018 Interview l’Avenir © : Julien RENSONNET

La Ville de Bruxelles a débloqué 200.000€ en 2018 pour son premier budget participatif. La somme paraît faible au regard du statut de la ville, d’autant que Verviers par exemple, en fait autant. La jeune échevine Clémentin Barzin, en charge de la Participation, défend cette ligne.

Le budget participatif permet aux citoyens de se mobiliser pour élaborer un projet et obtenir de l’argent de leur Commune pour le réaliser. Plaines de jeux, radars préventifs, parterres de fleurs… Les idées sont simples et créent des ponts entre élus et citoyens. On vous explique comment dans le dossier dont est issu l’article que vous lisez.

Elle nous reçoit chez elle, dans un appartement qui ne paye pas de mine. Au mur de ce duplex au dernier étage d’un immeuble qui loge aussi «une super petite créatrice», Clémentine Barzin a accroché la photo d’un éléphant et celle de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, en noir et blanc, quand voitures et touristes étaient plus rares. La toute jeune échevine libérale de la Participation (elle a succédé à David Weytsman le 26 février 2018, suite à un jeu de chaises musicales initié par le départ de Ans Persoons en réaction à l’affaire du Samusocial) a choisi le quartier Saint-Géry «parce qu’elle l’aime».

Avec cet échevinat hérité après 12 ans comme conseillère de l’action sociale puis conseillère communale et de police, Clémentine Barzin se promet «à l’écoute des citoyens». Très concrètement, elle compte évidemment capitaliser sur le premier budget participatif débloqué par la Ville pour mettre en pratique l’éternel vœu pieux de sa caste. «Car désormais, les 6 ans entre deux élections sont trop longs pour dire “stop”», plaide-t-elle.

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La libérale se voit comme «une échevine de la proximité», «le relais des citoyens auprès des services des travaux ou des espaces verts, auprès de la police, ou auprès des échevins. Voire entre échevins». Elle agit principalement sur base de deux processus. D’une part la concertation, annuellement échelonnée à intervalles réguliers dans les quartiers de Bruxelles ou plus ponctuelle en fonction des projets urbanistiques, et d’autre part la codécision, via le budget participatif.

Ainsi, les premiers 200.000€ alloués à ce processus codécisionnel iront aux projets qui recueilleront le plus de votes citoyens parmi les 18 propositions retenues par la Ville. «Parmi les idées de départ, seules les moins abouties ou celles qui relèvent déjà de nos compétences ont été retirées» Les projets ont été reçus entre janvier et février. Ensuite, un coaching spécifique par l’équipe de 5 personnes que la Ville alloue à sa cellule participation a été offert aux porteurs de projets, «pour qu’ils se présentent au mieux lors du vote». Aire de jeu canine, sofas urbains, poulailler dans les Marolles, embellissement de la sortie du métro Yser, rencontres intergénérationnelles, mémoire des victimes du nazisme ou festival de berceuses du monde entier: voilà quelques-unes des idées en lice. Le scrutin n’est ouvert qu’aux résidents des codes postaux bruxellois. Il s’achevait ce 31 mai.

Outre cette enveloppe, le premier chantier que Barzin aimerait mettre en place est celui de la numérisation de la participation. Après le lancement de l’app régionale Fix My Street, après Uccle (qui a reçu un subside fédéral pour une opération pilote) ou bien Etterbeek et Woluwe-Saint-Pierre (entre autres) qui ont grimpé sur l’app participative Fluicity, la Ville étudie elle aussi le moyen de raccourcir le chemin et les délais entre l’idée ou la remarque d’un citoyen et la réaction de l’administration. «Et puis, c’est pratique pour ceux qui ont des enfants ou qui travaillent le soir». Dans ce deuxième cas, Clémentine Barzin sait de quoi elle parle.

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Clémentine Barzin, 200.000€ pour le budget participatif de Bruxelles, n’est-ce pas peu au regard par exemple des 50.000€ de Verviers?

C’est déjà un bel investissement de créer cette ligne budgétaire. Et puis c’est une première: on verra comment on fera dans le futur.

La participation n’est-elle pas un alibi pour faire croire au citoyen qu’il décide tout en continuant à prendre les grandes décisions «en stoemelings»?

La question fondamentale, c’est d’être honnête. Lorsqu’on lance un tel processus de codécision, il faut vraiment expliquer aux citoyens ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Le problème, c’est qu’on entend beaucoup dire «J’y crois plus, on propose mais on n’a jamais gain de cause». Ces réactions peuvent être dues à un malentendu ou à un manque de clarté dans le discours. Mais d’une part, je vous assure que les politiciens travaillent beaucoup. Et d’autre part, je pense que ces processus participatifs peuvent servir à restaurer la confiance.

Le recours au citoyen, c’est tendance. Dans le marketing, on le fait pour tout et n’importe quoi. Du goût des chips à la mascotte des Diables rouges. Dans la gestion d’une ville, n’est-ce pas au politique d’avoir des idées?

La participation n’empêchera pas la Ville de maintenir le fonctionnement d’une concertation classique sur les thèmes qu’elle porte. Tout ça, c’est complémentaire. Je pense qu’il faut favoriser la créativité du citoyen: une ville a intérêt à profiter de leur expertise car ils connaissent leurs quartiers et les pratiquent au quotidien.

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N’est-ce pas tout le temps le même type de citoyens qui «proposent»? Notamment via les associations?

C’est à ce titre que je souhaite davantage miser sur internet. Le web permet de s’impliquer d’où qu’on soit, à n’importe quelle heure, par exemple si on ne peut pas assister aux réunions pour des raisons familiales ou professionnelles. La participation est jeune, elle doit avoir 15 ans maximum dans une ville comme Québec. À l’époque de son introduction, les technologies balbutiaient qui aujourd’hui permettent d’élargir le panel traditionnel des associations et comités commerçants.

Malgré tous ces outils, certains estiment ne pas être «entendus». C’est le cas des riverains des Marolles à propos du Contrat de Quartier Durable. Ils jugent que leur suggestion de déchetterie a été balayée par la Ville, qui a préféré son idée première de ressourcerie alors que les riverains la jugent inutile.

Je peux vous assurer qu’entre le début du processus du Contrat de Quartier Marolles et sa clôture, nous avons mis sur pied une cinquantaine de réunions de participation. Nous avons écouté longuement les habitants. Concernant cette idée de déchetterie, nous avons programmé une étude indépendante pour en déterminer les potentialités. J’ajoute que la ressourcerie, gérée par le CPAS, poursuivra deux objectifs: l’économie circulaire et la formation professionnelle. Sachez par ailleurs que la suggestion des riverains de verdir davantage les intérieurs d’îlot sera mise en place dans trois d’entre eux. Enfin, concernant la question des logements vides qui les préoccupe, nous amplifierons les moyens alloués au guichet logement qui doit accompagner les propriétaires dans la rénovation et l’obtention de primes.

Au regard de ces leviers citoyens, la gestion participative du Piétonnier n’a-t-elle pas été un beau gâchis?

Je rappelle que le Piétonnier a été voté à l’unanimité du Collège, dont moi-même. En termes de concertation, il est sans doute vrai que nous avons été vite en besogne. Sans doute aurait-on pu entendre davantage les habitants et commerçants. Même si ce projet sera incontestablement un atout, l’histoire montre qu’on aurait pu aboutir plus rapidement avec une meilleure concertation.

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Échevine de la concertation, n’est-ce pas finalement passer les plats aux collègues?

Non. Chaque décision de la Ville est votée en Collège, évidemment. Et puis, la fonction permet une vue transversale. C’est stimulant.

 

La Ville et son statut n’agit-elle pas comme caisse de résonance: certaines décisions urbanistiques ou réunions de concertation banales ailleurs ne sont-elles pas grossies immédiatement du fait qu’elles concernent Bruxelles?

C’est évident: Bruxelles a cette aura particulière. Ça engendre des regards immédiats et des critiques. Mais ça donne aussi une responsabilité formidable.

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