Nous pouvons convaincre de la générosité de nos valeurs libérales

Ce 22 novembre, j’avais l’honneur de prendre la parole en la salle gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles à l’occasion des 170 ans du Libéralisme belge. Voici le texte à la base de mon intervention.

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Il y a quelques années, j’étais responsable d’un journal communal d’une grande commune mauve et blanc et je demandais à son non moins grand Bourgmestre, à la manière Proust, « à quelle époque auriez-vous aimé vivre? ». « J’opte pour ici et maintenant », me dit Jacques Simonet, « Ce monde n’est certes pas parfait mais tout homme de bonne volonté peut s’engager pour faire triompher l’égalité des chances ».

Je voudrais ce soir mettre en avant les valeurs qui ont mobilisé les libéraux au creuset de ce congrès libéral, qui nous sont restées chères et qui m’inspirent en tant qu’élue bruxelloise.

L’une des premières réformes inscrites au programme des libéraux concernait l’indépendance du pouvoir civil et l’organisation d’un enseignement public. La liberté individuelle, c’était s’affranchir de l’obscurantisme. L’émancipation individuelle, c’était l’enseignement.

L’enseignement a occupé les débats des libéraux pendant plus d’un siècle, jusqu’au pacte scolaire de 1958. Pour autant, on sait que l’esprit critique, la connaissance de l’autre et la tolérance sont des enjeux qui se jouent à l’école. Toujours acteurs des libertés, les libéraux ont dès 2003 avec Richard Miller proposé la mise en place de cours de philosophie dans l’enseignement obligatoire.

La neutralité de l’Etat, de la fonction publique fait aussi toujours l’objet d’une vigilance plus forte des libéraux : face aux questionnements d’une religion plus récente chez nous, nos assises de l’interculturalité demandaient, dès 2009, une série de clarifications.

On n’est plus dans la virulence de combats politiques ardents du 19ème siècle. C’est tant mieux selon moi qui pense, comme élue bruxelloise, que la cohésion sociale est toujours préférable au rapport de forces. Aujourd’hui, au 21ème siècle dans nos quartiers de Bruxelles, la question est : pouvons-nous convaincre tous nos concitoyens de l’intérêt, pour chacun, de ces libertés protectrices à la fois de notre vivre-ensemble et de nos convictions personnelles? Même si le terme est impropre chez nous, comment pouvons-nous convaincre d’une laïcité positive?

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Le programme du congrès de 1846 énonce deux autres priorités importantes : la réforme électorale avec l’abaissement successif du cens ainsi que l’amélioration des conditions de la « classe ouvrière » et de la « classe indigente ».

Voulant relever quelques éléments plus bruxellois, je ne reviendrai pas sur l’évolution du système électoral, qui a occasionné d’importants débats au sein des Libéraux, et dont les dernières semaines m’indiquent que ces débats ne sont pas tout à fait terminés…

Mais permettez-moi d’insister sur la prise en compte, par la bourgeoisie libérale de l’époque, des ouvriers et des indigents, dans un but, avouons-le, pacificateur visant à désamorcer des velléités révolutionnaires.

Walthère Frère-Orban commence dans le domaine fiscal par diminuer la pression sur les petits artisans et augmente la taxe des catégories les plus hautes.
Il s’efforce ensuite d’organiser le crédit foncier et de faciliter ainsi les emprunts hypothécaires mais il se heurte à une formidable opposition.
Le Gouvernement libéral crée aussi la caisse de retraite et Charles Rogier fait voter notre première loi sur les sociétés de secours mutuels.

Ces propositions de loi présentaient un caractère typiquement libéral et reposaient sur le concept d’une ingérence minimale de l’Etat, laissant à chaque citoyen le soin de prendre ses responsabilités et d’utiliser les leviers proposés.

Etait-ce la prémisse du libéralisme social? D’autres libéraux historiques iront plus loin dans l’émancipation, je pense à Paul Janson. Il y a quelques jours à peine, le 15 novembre, le dernier manifeste du MR « Pour un libéralisme engagé » réaffirmait que le libéralisme était authentiquement social.

Plus qu’un calcul électoral, transcendant aujourd’hui un rapport de classes, j’ai la conviction que le libéralisme, parce qu’il s’adresse au développement de chacune et chacun, peut apporter de nouvelles réponses à Bruxelles, face à une certaine faillite des politiques des dernières décennies.

L’émancipation pour tous passe par un apprentissage de qualité pour tous, dans toutes les écoles de tous nos quartiers. Certains n’ont pas réussi à décréter la mixité, faisons de nos écoles des lieux où chacun peut développer son talent, son ambition. Et laissons libre cours aux partenariats avec les entrepreneurs pour des qualifications à la pointe du marché.

L’émancipation passe évidemment par le travail, valeur forte des libéraux. Face aux taux de chômage aussi endémique que ravageur à Bruxelles, singulièrement pour notre jeunesse, favorisons, notamment encore et toujours via la fiscalité, l’accès à l’initiative privée. Celle-ci passe aujourd’hui notamment par la nouvelle économie collaborative, qui offre un rapport plus simple, plus personnel, à l’entreprise.

L’émancipation passe aussi par le logement, qui permet de s’établir, de fonder un foyer, de créer un patrimoine. Etre propriétaire, c’est être libre de son logement. Si nous sommes engagés dans le logement social à Bruxelles, nous défendons y compris dans ce domaine l’acquisitif.  Acquérir un logement public renforce l’autonomie et la responsabilité à l’égard de son habitation.

L’émancipation passe, ne l’oublions pas, par des libertés réelles et la lutte contre toute discrimination.

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De belles valeurs ont été proclamées dans cette salle gothique il y a 170 ans. De grands débats ont eu lieu, le libéralisme a évolué. Il a gardé ses engagements fondamentaux. Esprit critique et neutralité de l’Etat, respect des libertés individuelles, liberté d’initiative…

Le libéralisme, défini à Bruxelles, peut offrir les perspectives qu’attend une jeunesse bruxelloise. Je suis persuadée que nous pouvons, aujourd’hui, la convaincre de la beauté de nos libertés, de la générosité de nos valeurs.

Bruxelles, le libéralisme, y ont tout à gagner.

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